
Mme Annick Girardin – Monsieur le secrétaire d’État à l’outre-mer, doit-on en arriver à la crise pour que le Gouvernement réagisse à des problèmes connus de tous ? C’est ce que nous venons de vivre à Saint-Pierre-et-Miquelon, où vous avez dû vous rendre d’urgence pour apaiser une crise sociale que j’avais pourtant tout fait pour éviter en ne cessant, depuis six mois, de vous alerter. Si le Gouvernement ne se décide pas à lever, en amont, les blocages qui entravent notre développement économique, les crises se répéteront mécaniquement. Dans le cas d’Interpêche, les solutions sont claires ; elles supposent d’aller au-delà des deux engagements, certes nécessaires, mais insuffisants, que vous avez pris. Il est par ailleurs impératif que la parole donnée par l’État en ce qui concerne l’aide à la formation professionnelle pour l’entreprise Interpêche soit respectée. Or, nous attendons encore une réponse à ce sujet et, si elle ne vient pas, le dépôt de bilan de la société sera prononcé dans les prochains jours.
Je vous ai fait ressentir la détresse et l’angoisse de ces femmes et de ces hommes qui ne demandent qu’à travailler. Syndicalistes, retraités, citoyens sont venus vous dire combien il est difficile de survivre aujourd’hui dans ces îles où l’inflation est plus forte qu’en métropole, où le transport est un calvaire et où les collectivités ne peuvent assumer seules leurs compétences. Pourtant, des solutions existent et, dans le cadre de l’élaboration de la prochaine loi d’orientation pour l’outre-mer, le sénateur Detcheverry et moi-même avons formulé des propositions communes qui constituent un ensemble cohérent, à reprendre dans leur intégralité si le Gouvernement veut sérieusement permettre à Saint-Pierre-et-Miquelon de sortir du marasme par un développement économique autonome, seule manière pour la population de renouer avec un espoir d’avenir. Aussi, Monsieur le ministre, pouvez-vous confirmer les annonces faites hier à Saint-Pierre-et-Miquelon, qui ne font du reste que traduire le respect des engagements déjà pris par l’État dans le dossier Interpêche ? D’autre part, le Gouvernement est-il prêt à débloquer les moyens nécessaires pour que nous passions enfin de la gestion sociale de notre archipel sinistré à une gestion active permettant aux habitants de vivre au pays du fruit de leur travail et dans la dignité ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC et du groupe GDR)
M. Christian Estrosi, secrétaire d’État chargé de l’outre-mer – Comme vous l’avez indiqué, j’ai tenu à répondre à votre appel en me rendant immédiatement à Saint-Pierre-et-Miquelon pour partager la détresse de tous ceux qu’inquiètent l’avenir de la société Interpêche (Exclamations sur les bancs du groupe SRC et du groupe GDR). Nous avons la même ambition pour Saint-Pierre-et-Miquelon mais, depuis 1992, date à laquelle la majorité à laquelle vous appartenez a négocié avec le Canada des quotas de pêche défavorables à la France, l’archipel vit dans l’assistanat. Nous avons décidé d’inverser les choses en prenant les mesures que j’ai annoncées et que je confirme volontiers. Ainsi, 90 000 euros seront effectivement versés aux salariés qui décideront de partir en préretraite, de même que l’accompagnement, jusqu’à la fin de l’année, de la diversification de sa filière de transformation des produits. En même temps, je vous propose que nous reprenions, dès la semaine prochaine, le dialogue entamé il y a peu entre les élus et les acteurs économiques et sociaux de Saint-Pierre-et-Miquelon, pour que, dans la loi de programme que je soumettrai au Parlement au printemps prochain, nous prenions pour engager l’archipel dans la voie de la diversification, les mesures nécessaires dans plusieurs domaines : continuité territoriale, diversification de la filière pêche, aquaculture, aménagement du territoire, compétitivité, installation d’un pôle de valorisation durable.
Car nous ne voulons plus d’une politique d’assistanat (Exclamations sur les bancs du groupe SRC) ; nous voulons au contraire une politique d’innovation pour ce territoire, une politique qui le rende de nouveau compétitif et offre une nouvelle espérance à nos compatriotes de Saint-Pierre-et-Miquelon (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et du groupe NC).
M. le Président – Nous en avons terminé avec les questions au Gouvernement.
Sources : Assemblée Nationale, Compte rendu analytique officiel - Vidéo (Windows Media : à partir de la 55e minute) - Blog d’Annick Girardin avec vidéo intégrée



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